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Steve Devaux, reculer pour mieux sauter .

 


Texte et photo d’Alex Bergalasse.

Steve Devaux, nouvel artificier de Lannion, a marqué son 1er but la semaine dernière face à la réserve de Guingamp. « J’espère atteindre les 10 buts, pour intéresser des clubs à l’échelon supérieur ».

Quand on entre dans son royaume qu’est le foyer Augustin Thos, Steve Devaux nous prévient d’emblée. « Ce n’est pas encore aménagé, j’attends encore les canapés, etc... Je veux apporter ma touche personnelle ». Normal, pour un joueur tout juste débarqué sur la Côte de Granit Rose le 20 juillet. Revenant tout juste de l’entraînement, Steve n’est pas encore sorti du foot. La télé résonne en fond, branchée sur la Ligue des Champions et le match le plus prestigieux de la soirée, AS Roma-Barça. « Mais mon club de cœur reste le PSG hein ! ». Il tient à le souligner, en bon parisien. Originaire de Champs-sur-Marne, le garçon, calme et posé, est tombé un peu par hasard dans le milieu du ballon rond, grâce un père qui a perçu rapidement le joyau. « Mon père m’a demandé un jour de l’accompagner au foot un dimanche. Je me suis mis sur le bord du terrain, j’ai joué avec d’autres enfants, et c’est venu tout seul ! Je décide d’arrêter le karaté et de commencer le foot le plus vite possible. Après quelques années, mon père a remarqué que j’avais un certain potentiel, que je pouvais faire quelque chose plus tard ». Un père, chauffeur-livreur, qui, après avoir manqué de franchir les portes du professionnalisme, motive et soutient sa progéniture au quotidien. « Il n’a jamais joué au haut niveau, mais il a tenté Clairefontaine. Il n’est pas arrivé à devenir pro, du coup il me suit à 200%, il fait tout pour moi. Il veut que je réussisse dans le football, ça serait sa plus grande fierté ». Ça y est. Le gamin est lancé, prêt à affronter les défenses rugueuses malgré son gabarit frêle. Il éclabousse toute la galerie par ses dribles, sa technique balle au pied et sa vitesse. Au point d’attirer plusieurs recruteurs de clubs pro, une après-midi de finale de coupe de district. « C’est en 2007-2008, je devais avoir 12 ans, je jouais avec Vaires-sur-Marne. À la fin du match, trois recruteurs (PSG, le Havre et Lille) abordent mon père, pour un essai ». S’en suit une détection à Sarcelles, où il est retenu parmi les 72 meilleurs joueurs de la région parisienne. Le Havre insiste. Au point que le jeune milieu voit la proposition havraise comme le dernier train en partance vers le monde pro. « Une chance inouïe ». À 12 ans, Steve Devaux quitte alors l’Île-de-France et sa famille pour rejoindre les bords de la Manche. Le rêve est en marche.

Non conservé à 19 ans.

« Dès que je suis arrivé au club, au bout de ma 1e année, je rêvais de faire un banc en Ligue 1 avec Le Havre. Il n’y a rien de plus beau que de le faire avec son club formateur ». Les étoiles plein les yeux, sourire en coin, le néo-havrais parfait sa technique et améliore ses points faibles au contact d’éducateurs attentionnés : l’agressivité et les duels. Mais, comme beaucoup d’autres pépites de son âge, on ne lui donne pas la chance espérée de mettre en lumière son talent. Sa dernière année en U19 ne le voit pas franchir le cap qui le sépare du CFA 2. Le rêve s’évapore. « Le club m’a promis de me faire jouer en CFA. Ils n’ont pas tenu leur parole. Je me suis retrouvé sur le banc, sans rentrer en jeu. Je me suis senti trahi ». Le monde pro se referme. La poisse, comme sa mère à ses débuts, considérée par son père comme la « bête noire » de Steve. « Je voulais montrer à ma mère que je savais bien jouer, mais je n’y arrivais pas ! Je me donnais à fond, mais je me mettais tout seul la pression. Mais j’ai retourné la chose. Je me sens plus fort sur le terrain maintenant ».

Lannion, un tremplin supplémentaire.

Le jeune homme, mature et sûr de lui, est déterminé à vivre de sa passion. « Pourquoi rester pour foncer dans le mur ? C’était mieux que j’aille dans un club à un niveau inférieur pour rebondir dans un club à l’échelon supérieur. Steve s’éclate pendant une saison à Lillebonne, en DH, avant de continuer sa progression à Lannion, en CFA 2. « Les infrastructures ont beaucoup joué. Et puis personne ne me connaît en Bretagne ! ». Ce fan de Messi, qui ressemble pourtant à Cristiano Ronaldo du fait de sa mèche plaquée sur le côté et son style de jeu, s’adapte assez bien sur le plan footballistique (2 buts, 1 passe décisive), mais pas vraiment à la ville... « Je ne savais pas du tout où c’était ! Je me suis dit que ça allait être un peu dur, avec tout ce qu’on entend sur la Bretagne (pluie, vent...) ». Mais comme sur le synthé du stade René Guillou, il prend du plaisir dans son nouveau job : assistant en éducation au Lycée Le Dantec. « J’assimilais ce métier à un contrôleur de bus, mais au final, je me suis fait une vision différente du pion. C’est une personne qui aide les lycéens à réussir, qui n’est pas là pour les embêter, mais au contraire les aider, les remettre dans le droit chemin ». Le chemin, dans le cas de Steve, est tracé. Le match peut (enfin) commencer.




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